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Encodage, transduction et modèles du monde — Partie 2/3

Symbol grounding, aveuglement représentationnel et stratification des niveaux d'ancrage

Jérôme Vetillard · · Twingital Institute · 12 pages · 2 min de lecture
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Partie 2/3 de l’article « Encodage, transduction et modèles du monde ». Fait suite à la partie 1/3 (chapitres 1-2). La partie 3/3 (chapitres 6-7) est en cours de rédaction.

3. L’asymétrie fondamentale : transduction biologique et encodage médiatisé

Dans les systèmes biologiques, l’encodage est assuré par des transducteurs sensoriels — structures anatomiques spécialisées qui convertissent des formes d’énergie physique en signaux électrochimiques. Ces mécanismes sont contraints par la phylogenèse, les propriétés biophysiques et les niches écologiques. Perception et action forment des boucles dynamiques continues couplées aux affordances de l’environnement (Gibson). Dans les systèmes d’IA corpus-based, le signal a déjà traversé une chaîne de médiations humaines avant d’atteindre le modèle : c’est un encodage de second degré. Le modèle apprend les structures discursives par lesquelles les humains décrivent le monde, non les propriétés du monde lui-même. La distance épistémique au monde — nombre et nature des médiations informationnelles — est qualitativement différente.

4. Le symbol grounding problem et les formes d’aveuglement représentationnel

Le symbol grounding problem (Harnad, 1990) formalise l’idée que dans un système purement symbolique, les symboles ne renvoient qu’à d’autres symboles. Le problème de Molyneux (1688) et l’argument de Mary (Jackson, 1982) radicalisent cette distinction entre connaissance propositionnelle et expérience perceptive. Un LLM peut décrire la physique du rouge sans disposer d’aucune expérience perceptive correspondante. L’histoire des sciences montre par ailleurs que la théorisation ne s’affranchit pas de l’ancrage empirique : les expériences de pensée réorganisent des régularités déjà observées, elles ne les remplacent pas.

5. Les niveaux du grounding : du capteur à la mémoire autobiographique

L’article propose une stratification en trois niveaux de grounding conceptuellement distincts : (1) le grounding référentiel/perceptuel au sens de Harnad — ancrer les symboles dans des catégories perceptuelles apprises ; (2) le grounding multimodal au sens de Barsalou (1999) — intégration de multiples modalités via co-expérience incarnée ; (3) le grounding épisodique, affectif et autonoétique au sens de Tulving (1983) et Damasio (1994) — ancrage dans une mémoire biographique structurée par des marqueurs somatiques et une perspective subjective. L’ajout de capteurs peut résoudre le premier niveau, mais les niveaux 2 et 3 requièrent une histoire d’interactions multimodales situées et une continuité biographique que les architectures actuelles ne reproduisent pas de manière démontrée.

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