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De la déshérence médicale à la médecine prédictive — Note clinique

Note pour les cliniciens, équipes de soins et cadres de santé · v3 · Mai 2026 · 15 pages

Jérôme Vetillard · · Twingital Institute · 15 pages · 3 min de lecture
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Résumé

Cette note s’adresse aux cliniciens, aux équipes de soins et aux cadres de santé. Elle est rédigée avec deux convictions fermes : (i) les phénomènes d’errance et de déshérence médicales ne résultent pas d’une défaillance de l’attention des soignants — ils sont l’effet d’un dispositif d’observation structurellement intermittent confronté à des trajectoires devenues continues ; (ii) la perspective d’une vigilance prédictive ne doit être présentée ni comme une infrastructure technologique, ni comme une promesse d’exactitude algorithmique, mais comme une transformation du régime d’observation dans lequel les patients chroniques sont inscrits.

Quatre vignettes cliniques anonymisées (diabète décompensé, BPCO et passages aux urgences, isolement et dénutrition, errance sans médecin traitant) ouvrent l’analyse. Elles ne désignent pas un défaut professionnel — elles désignent une propriété structurelle : la dégradation se produit, par construction, dans la fenêtre où aucun professionnel ne peut observer.

Distinction structurante

Continuité humaine ≠ continuité observationnelle.

La première est notre engagement professionnel. La seconde est une propriété du dispositif. La première ne suffit pas à produire la seconde.

Outil conceptuel proposé : la densité de vigilance clinique

La note propose un opérateur conceptuel pour structurer la discussion entre soignants : la densité de vigilance clinique, définie comme la proportion effective d’une trajectoire pathologique faisant l’objet d’une observation interprétable par le système de soins. Pour la patiente diabétique de la première vignette, cette densité a été proche de zéro pendant six mois — non par faute du médecin traitant, mais parce que les déterminants comportementaux (deuil, isolement, rupture d’observance) évoluaient dans une fenêtre où aucun acteur n’avait de capacité d’observation. Cet opérateur n’est pas, à ce stade, une métrique calibrée. C’est un outil heuristique destiné à rendre comparables des régimes, des pathologies et des temporalités.

Ce que cette note défend, et ce qu’elle ne défend pas

Le diagnostic ne suggère à aucun moment que les patients seraient mieux suivis si les médecins étaient plus attentifs ou les infirmières mieux formées. Il suggère exactement l’inverse : les acteurs de soins sont engagés et compétents dans des conditions structurellement saturées. Le sujet n’est ni la relation soignant-soigné (qui reste la matrice du soin), ni le temps clinique (qui reste rare et le restera), ni la responsabilité médicale individuelle. Le sujet est la propriété du dispositif d’observation.

L’hypothèse défendue est volontairement limitée. Elle ne couvre pas toutes les pathologies, ni toutes les phases d’une trajectoire, ni tous les patients avec la même efficacité. Elle énonce qu’un système prédictif soutenable n’est pas un système qui élimine l’erreur, mais un système qui rend ses conditions de validité, ses zones d’incertitude et ses limites opérationnelles explicitement gouvernables. Cette posture est familière : c’est celle que nous adoptons avec les outils diagnostiques classiques, où la sensibilité d’un test n’est jamais de 100 % et où la valeur prédictive dépend toujours de la prévalence.

Six points de consultation explicite

Si la transformation décrite advient, six points appellent une consultation explicite des cliniciens, et non une décision technique imposée : les seuils d’alerte (calibrage non technique mais clinique), la granularité des signaux (modalités d’arrivée dans le quotidien), l’intégration aux outils existants (LGC, DPI), la formation et l’accompagnement par les pairs, la place du patient dans le dispositif (accès aux signaux qui le concernent), et le choix des indicateurs d’évaluation. Le bon test du déploiement est simple : si le dispositif augmente votre charge cognitive, c’est un mauvais déploiement.

Questions fréquentes traitées dans la note

La note traite directement, sans circonlocution, les questions qui reviennent en formation continue et en discussion ordinale : risque de scoring comportemental des patients, accès des assureurs et plateformes, articulation au secret médical, position face à la téléconsultation industrielle, dérive temporelle des modèles (équivalent d’une pharmacovigilance algorithmique), et statut spécifique des composants génératifs et agentiques.

Mots-clefs

PREDICARE · vigilance clinique · déshérence médicale · errance médicale · chronicité · densité de vigilance clinique · patient chronique comme acteur cognitif · dérive de distribution · domaine d’applicabilité · calibration probabiliste · pharmacovigilance algorithmique · secret médical · scoring comportemental

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